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Plus jamais le 8 mai


Nawras Jebara
Nawras Jebara

Demandez à un passant ce que représente le 8 mai et vous obtiendrez des réponses comme « Journée internationale des femmes », « l’anniversaire des ex et des mères » ou « aucune idée ». Le 8 mai 1945, l’Armée rouge et les Alliés ont vaincu l’Allemagne nazie et nous avons été libérés du fascisme. Le jour de la Victoire en Europe (VE Day), des manifestations ont eu lieu dans toute l’Europe pour célébrer la victoire, même si la capitulation officielle n’a eu lieu qu’en septembre 1945. Cette année, nous commémorons le 81e anniversaire de la fin du fascisme.

« Le fait que si peu de gens dans la rue donnent encore spontanément cette réponse prouve précisément pourquoi nous devons faire du 8 mai un jour férié à nouveau : la mémoire collective s’estompe. Cela ouvre la porte à ceux qui veulent réessayer », témoigne Ellen De Soete, fondatrice de la coalition du 8 mai.

Pourquoi cette journée est-elle presque oubliée, et à quel point sommes-nous encore proches du fascisme aujourd'hui ?


Les racines du fascisme

Le fascisme, en tant que mouvement, a émergé en Europe après la Première Guerre mondiale, dans un contexte de crise économique, de peur, de chômage de masse et de millions de morts. À cela s'ajoutait la menace révolutionnaire émanant notamment des mouvements marxistes.

En 1919, les Fasci Italiani di Combattimento furent fondés en Italie par Benito Mussolini. Ce terme signifie littéralement « combats de combattants », et le groupe était principalement composé de soldats démobilisés du front. Trois ans plus tard, en 1922, il marcha sur Rome et s'empara du pouvoir. Le dictateur italien prit pour cible les communistes et les mouvements de gauche. Par ailleurs, l'Italie établit des camps d'extermination, notamment en Libye.

Le national-socialisme, ou nazisme en Allemagne, s'est inspiré des politiques de Mussolini. Sous le régime nazi (1933-1945), les communistes, les marxistes, les syndicalistes, les Roms, les personnes LGBTQIA+, les personnes handicapées, les chrétiens progressistes, les juifs et, en fait, tous les dissidents étaient considérés, dans une perspective chauvine, comme des sous-hommes (Untermenschen), notamment en Europe de l'Est. Ils furent emprisonnés, torturés, pendus et gazés. L'antisémitisme était omniprésent dans le régime nazi d'Adolf Hitler.


Qu'est-ce que le fascisme ?

La structure du fascisme se compose souvent d'un seul chef qui exige une obéissance absolue, où la liberté d'expression et la liberté de la presse ne s'appliquent pas.

Neut la définit ainsi : « Il s’agit d’une idéologie politique caractérisée par la glorification de la violence, le pouvoir dictatorial et le militarisme. » De Soete partage en grande partie cette définition, mais y ajoute trois éléments. Selon elle, le fascisme est toujours ultranationaliste, glorifie un passé mythique et est fondamentalement antidémocratique.

De plus, on désigne des boucs émissaires pour expliquer les problèmes de société. Par exemple, le fascisme repose sur une stratégie de division pour mieux régner, où le pouvoir est maintenu en opposant les groupes les uns aux autres et en accordant à certains plus de droits qu'à d'autres. Selon elle, le cœur du fascisme réside dans la création d'un mouvement de masse par le biais d'un populisme social, nationaliste et raciste.


Boucs émissaires

En combinant ces deux définitions et en les analysant caractéristique par caractéristique, on constate des similitudes avec la situation actuelle. Le recours au bouc émissaire, par exemple. Le Vlaams Belang cible régulièrement la communauté musulmane pour lier les problèmes de certains quartiers et villes de Belgique à l'immigration – tels que les déchets ou la violence juvénile – à l'aide d'images largement diffusées sur les réseaux sociaux par des figures du parti.

Selon Neut, le Vlaams Belang, en tant que parti, ne s'aligne pas entièrement sur le fascisme, mais plutôt sur des régimes autoritaires comme celui d'Orbán en Hongrie ou de Meloni en Italie. « Cependant, il existe certainement des factions au sein du parti qui penchent fortement vers le fascisme, tout comme des opinions extrémistes peuvent exister au sein de l'armée belge », prévient-il.

Au sein du Vlaams Belang, des groupes comme Voorpost et la NSV sont également mentionnés. Chaque année, la NSV (Association des étudiants nationalistes), fondée en 1976, organise une marche dans une ville flamande. Cette année, elle a eu lieu à Louvain sous le slogan « Sauvons notre nation, remigration ». Des figures de proue du Vlaams Belang, telles que Tom Van Grieken et Mercina Claesen, y ont participé.

Des autocollants arborant la croix celtique, symbole utilisé par les néonazis, sont également distribués. Par ailleurs, les membres commémorent chaque année August Borms, nationaliste flamand et figure emblématique du mouvement flamand, qui a collaboré avec l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Après le fascisme, les droits de l'homme ont été proclamés universels. Pourtant, force est de constater aujourd'hui que le néofascisme n'a pas disparu. Il s'agit de mouvements contemporains qui puisent leur inspiration dans le fascisme de la Seconde Guerre mondiale. Sans en être une copie conforme, il s'en distingue, notamment par son vocabulaire : le terme « Untermensch » est remplacé par des expressions telles que « non-intégrable ».

« Le noyau reste le même, mais le discours est devenu plus subtil », explique De Soete. « Par exemple, le Vlaams Belang apparaît au premier abord comme un parti socialement acceptable, alors que certains de ses discours flirtent avec les traditions d'extrême droite. »


Autoritarisme, liberté d'expression et liberté de la presse

Selon Neut, on observe également des tendances autoritaires en Belgique. Par exemple, le gouvernement fédéral souhaiterait interdire certaines organisations sans intervention judiciaire. « Cela va à l'encontre de l'État de droit. De telles décisions devraient être validées par les tribunaux », affirme-t-il.

Ce faisant, il fait référence aux discussions concernant d'éventuelles interdictions d'organisations telles qu'Antifa. La politique migratoire de la ministre Anneleen Van Bossuyt est également critiquée, notamment parce que la Belgique est régulièrement condamnée par des instances internationales.

Selon Neut, cela pose problème : « Pourquoi les décideurs politiques devraient-ils s’en tirer à si bon compte, alors que les citoyens sont tenus responsables ? Cela mine la démocratie. »

Selon lui, la liberté de la presse est également menacée. Par exemple, les subventions accordées aux organisations de la société civile et aux médias critiques tels qu'Apache, MO* et De Wereld Morgen sont compromises. De plus, les programmes de la VRT et les journalistes sont régulièrement pris pour cible suite à des reportages critiques.

D'après lui, des tensions politiques avec la presse existent au sein de nombreux partis et dans plusieurs régions. À cela s'ajoutent des coupes budgétaires et une pression accrue sur le travail dans le secteur des médias, ce qui, selon les critiques, pourrait compromettre leur indépendance.


Militarisme et (ultra)nationalisme

Les pays de l'OTAN ont connu une forte augmentation de leurs dépenses militaires au cours de l'année écoulée, la plus importante depuis des décennies. La Belgique souhaite accroître ses dépenses de défense, tandis que, selon ses détracteurs, des coupes budgétaires sont simultanément effectuées dans l'éducation, la santé et les retraites.

Selon divers analystes, dans des pays comme les États-Unis, Israël et la Russie, l'augmentation des dépenses militaires va de pair avec une rhétorique nationaliste et des violations du droit international.

Lorsqu'on examine de plus près le conflit israélo-palestinien, certains pointent du doigt de graves violations des droits humains et des violences structurelles. Toutefois, ces comparaisons sont vivement contestées dans le débat public et au sein du cadre juridique international.

Selon De Soete, il est important de rester vigilant : « Le fascisme n’a pas disparu aujourd’hui, mais il apparaît sous diverses formes et à différents degrés dans notre société. »


coalition du 8 mai

Quel rôle peut jouer une commémoration vivante de la libération de l'Allemagne nazie pour contrer ces tendances ?

« On ne peut pas célébrer 1945 si l’on ne protège pas 2026 », déclare De Soete.

La Coalition du 8 mai a vu le jour en 2022, après que De Soete, de son propre aveu, ne pouvait plus rester silencieuse. Elle évoque la résurgence de la haine envers certains groupes de population et des symboles qui lui rappellent les années 1930.

Cette coalition rassemble des syndicats (ABVV, ACV et ACLVB), des organisations de la société civile, des universitaires et des acteurs du secteur culturel. Elle formule trois revendications : rétablir le 8 mai comme jour férié, commémorer activement cette journée et alerter sur le danger que représente l’extrême droite.

« La culture du souvenir autour du 8 mai s’est considérablement estompée, et beaucoup de gens ne savent même plus ce que cette journée représente », déplore Neut. Il souhaite que chaque Belge soit capable de citer au moins une figure de la Résistance d’ici 2030.

Aujourd'hui, le 8 mai est un jour férié dans plusieurs pays européens. En France, on célèbre la Victoire 1945, et aux Pays-Bas, le 5 mai est le Jour de la Libération. Dans la Région de Bruxelles-Capitale, le 8 mai est un jour férié officiel depuis 2003, même si sa visibilité reste limitée en raison d'autres festivités organisées le même jour.

La Belgique a supprimé cette fête en 1974 pour des raisons économiques. Depuis, diverses tentatives ont été faites pour rétablir la célébration du 8 mai, sans succès durable jusqu'à présent.

Selon De Soete, un jour férié réinstauré doit aussi avoir du sens : inclure l’éducation, le souvenir et une collaboration avec les écoles. « Si tel est le cas, le soutien se développera naturellement », affirme-t-elle.

Selon elle, les freins viennent principalement des partis politiques qui craignent un jour de congé supplémentaire ou le caractère explicitement antifasciste de cette journée.


Le 8 mai nous appelle à rester vigilants.

À une époque où la rhétorique de l'entre-deux-guerres refait surface, enrobée dans un langage et des politiques contemporains.

En ces temps de réformes présentées comme une protection, on détermine de plus en plus qui appartient au « nous ».

Le 8 mai devrait sonner comme un jour férié.

Quel soulagement !

Par simple bon sens, tout à fait normal.

Le fait que cela paraisse presque provocateur pour certains de le dire à voix haute aujourd'hui montre précisément pourquoi cette journée a retrouvé toute sa signification.



 
 
 

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